Né à Paris le 28 avril 1939, Louis Durot est une figure singulière de la création française contemporaine, à la croisée de la chimie, de l'ingénierie et du design. Son parcours, marqué dès l'enfance par des événements fondateurs, forge une sensibilité à la fois rigoureuse et visionnaire.
Le 23 décembre 1943, alors qu'il n'a que quatre ans, Louis Durot et sa famille sont victimes d'une dénonciation et emmenés dans une rafle à Plascassier, déportés vers le camp d'extermination d'Auschwitz. La panne d'un véhicule sur la route leur sauve la vie : le convoi rate son train. Louis Durot est alors recueilli par une gardienne de chèvres, Madame Guizol, qui cache à Magagnosc, dans le sud de la France, une douzaine d'enfants juifs. C'est dans ce refuge, au bas d'une ruelle où coulait une rivière, que le jeune Louis sculpte ses premiers jouets en argile — geste fondateur d'une vie entière consacrée à la matière et à la forme.
En 1960, Louis Durot entre à la faculté des sciences. Il obtient un diplôme de propédeutique en mathématiques et mécanique, avant de rejoindre la société Equipiel en 1963, où il travaille comme ingénieur sur des prototypes de centrales nucléaires. La maison-mère lui offre ensuite une formation approfondie en chimie organique, faisant de lui un expert des matériaux synthétiques. Entre 1966 et 1972, il dirige une douzaine de contrats de recherche.
En parallèle, dès 1964, il fonde le Freelane Studio, collectif réunissant des artistes de disciplines variées — parmi lesquels le journaliste de jazz Gilles Brinon et le peintre Jean Ihallero — animés par des ambitions plastiques communes. C'est par ce réseau qu'il rencontre le peintre François Arnal, qui lui présente César Baldaccini en 1966.
Louis Durot devient l'assistant de César pendant un an, mettant ses compétences d'ingénieur chimiste au service du sculpteur. Dans cet atelier, il approfondit sa maîtrise de la mousse de polyuréthane — le matériau des célèbres expansions de César — et y trouve le médium qui sera au cœur de toute son œuvre. C'est également grâce à César qu'il entre en contact avec Pierre Restany, fondateur des Nouveaux Réalistes, ainsi qu'avec Arman et Robert Malaval. Ces rencontres décisives l'introduisent pleinement dans le milieu de l'art contemporain.
En 1968, Louis Durot réalise ses premières œuvres personnelles et installe son atelier au 35, rue Léon, dans le 18e arrondissement de Paris. Ses croquis d'époque révèlent déjà un univers fantasmagorique peuplé de champignons, de plantes carnivores et de formes organiques évoquant la science-fiction et la bande dessinée. La même année, il crée l'Aspirale, siège emblématique qui s'inscrit dans la tradition du design radical des années 1960 tout en affirmant une esthétique résolument pop — des formes colorées, sans trace d'assemblage, à l'apparence d'une matière unique et monolithique.
En 1972, Louis Durot fonde Durgalith, société chimique spécialisée dans les polyuréthanes, qu'il cédera en 1997 à la société Soprema. Il y exerce encore aujourd'hui les fonctions de directeur de recherche et est à l'origine du dépôt de centaines de brevets. Cette double expertise — industrielle et artistique — constitue le cœur de son identité créatrice : ses pièces sont fabriquées à la main, dans un matériau qu'il maîtrise de l'intérieur, et leur perfection formelle doit autant au savoir-faire du chimiste qu'à l'intuition du plasticien.
Remarqué par Pierre Restany, Louis Durot expose régulièrement en Europe et en Asie. À partir de 1998, il développe une présence importante en Chine ; en 2002, le Guangdong Museum of Art de Canton lui consacre une exposition personnelle intitulée Dreamy Toys in the Adult World, qui lui vaut d'être invité comme professeur à l'Académie des beaux-arts de Canton. Son œuvre est aujourd'hui présente sur trois continents — en Europe, aux États-Unis et en Asie — et figure dans la collection permanente du musée Vitra, l'une des plus importantes institutions mondiales dédiées au design.